Cité Universitaire : le gouvernement prend une décision, les étudiants dans le désarroi

Ousseni Sawadogo
5 min de lecture

Face à l’opération d’assainissement des cités universitaires initiée par le gouvernement, des étudiants demandent un délai pour ne pas compromettre leur année académique.

La décision du gouvernement ivoirien d’assainir les cités universitaires occupées illégalement plonge plusieurs étudiants dans une situation d’urgence. Ce mercredi 2 octobre 2024 marque le début d’une vaste opération de déguerpissement initiée dans les cités des différents Centres Régionaux des Œuvres Universitaires (CROU). Les étudiants qui occupent illégalement ces logements ont été sommés de libérer les lieux, sous peine d’expulsion forcée dès ce jeudi 3 octobre, à 12 heures, sur le campus universitaire de Cocody. Les agents du CROU A1, épaulés par les forces de l’ordre, veilleront à l’exécution de cette mesure.

Cette décision drastique, prise après l’assassinat d’un étudiant influent de la Fédération Estudiantine et Scolaire de Côte d’Ivoire (FESCI), AGUI Mars Aubin Deagoué, alias « Général Sorcier », dans la nuit du 29 au 30 septembre 2024, vise à rétablir l’ordre et à réhabiliter les cités universitaires. Cependant, elle soulève une vive inquiétude parmi les étudiants qui se disent pris au dépourvu.

Des étudiants sans solution de repli

Pour de nombreux étudiants, cette expulsion constitue une véritable épreuve. Originaires de villes éloignées comme Guiglo, Sinfra, Korhogo, et bien d’autres localités de l’intérieur du pays, ils se retrouvent sans alternative immédiate. En réaction, plusieurs d’entre eux ont fait appel au gouvernement via des vidéos diffusées sur les réseaux sociaux, notamment sur Meta. Ils demandent un délai pour organiser leur départ, invoquant des raisons financières et logistiques, alors que la rentrée académique vient tout juste de débuter.

Les étudiants qui occupent illégalement ces logements ont été sommés de libérer les lieux, sous peine d’expulsion forcée

« Nous demandons pardon au gouvernement, nous comprenons la décision, mais s’il vous plaît, accordez-nous un peu de temps, au moins jusqu’aux vacances », a imploré une étudiante dont le message a rapidement fait le tour des plateformes en ligne.

Ces jeunes mettent également en lumière les défis qu’ils rencontrent au quotidien. Nombre d’entre eux expliquent que l’éloignement de leurs familles, combiné au coût de la vie à Abidjan, rend leur situation intenable. Ils craignent surtout que cette expulsion compromette leur avenir académique, notamment pour ceux en fin de cycle universitaire.

Une mesure ferme dans un climat tendu

La décision gouvernementale intervient dans un contexte de tension croissante sur les campus. L’assassinat de « Général Sorcier », figure emblématique de la FESCI, a exacerbé les conflits liés à l’occupation des cités universitaires, souvent marquées par des violences internes entre factions étudiantes. En procédant à cet assainissement, les autorités visent à sécuriser les campus et à mettre fin aux occupations illégales qui, selon elles, perturbent le bon fonctionnement des résidences universitaires.

Toutefois, la rigueur de la décision suscite des débats. Certains estiment que des mesures transitoires devraient être envisagées pour accompagner ces milliers d’étudiants, particulièrement vulnérables. « Nous sommes l’avenir de ce pays. Si on nous expulse sans alternative, c’est notre avenir qui est menacé », a ajouté un autre étudiant, visiblement désemparé.

Nous sommes l’avenir de ce pays. Si on nous expulse sans alternative, c’est notre avenir qui est menacé

Le gouvernement reste silencieux

Malgré les nombreuses sollicitations des étudiants et la mobilisation sur les réseaux sociaux, aucune réponse officielle du gouvernement n’a encore été donnée. Les forces de l’ordre, quant à elles, poursuivent l’opération de libération des cités universitaires, comme prévu. Le sort de ces étudiants demeure incertain, alors que des centaines d’entre eux cherchent encore désespérément des solutions d’hébergement en pleine période de rentrée.

En attendant, l’espoir des étudiants repose sur une éventuelle révision de la décision gouvernementale ou, à défaut, sur des mesures d’accompagnement pour leur éviter de se retrouver à la rue en plein milieu de l’année universitaire.

Cette opération, bien que nécessaire pour assurer la sécurité des campus, pose la question cruciale de la gestion des résidences universitaires et des conditions de vie des étudiants en Côte d’Ivoire. Si le gouvernement persiste dans sa démarche, il pourrait être contraint de proposer des solutions alternatives à ces jeunes dont l’avenir académique est désormais en jeu.

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