Lutte contre les avortements clandestins : un projet ambitieux pour protéger les femmes en Côte d’Ivoire

4 min de lecture
Les membres du projet "Parce que tu comptes"

La Côte d’Ivoire fait un pas significatif vers la régulation de la pratique de l’avortement, en plaçant la santé et la sécurité des femmes au cœur du débat. Le projet « Parce que tu comptes », lancé officiellement le 15 octobre à Cocody, s’appuie sur la récente mise à jour de l’article 427 de la loi N2024-358 du nouveau Code pénal ivoirien. Ce texte vise à encadrer l’interruption volontaire de grossesse (IVG) tout en répondant à un impératif de santé publique.

Le projet se déroulera sur une période de 18 mois et couvrira cinq zones clés du pays : le District d’Abidjan, la Marahoué, l’Iffou, le Poro et le Hambol. L’objectif, selon Mariam Doumbia, coordonnatrice du projet, est d’engager un dialogue inclusif non seulement avec les femmes et les jeunes filles, mais également avec les hommes, afin d’éviter les décès liés à des avortements non sécurisés. « Il est impératif que les secteurs de la santé et de la justice travaillent de concert pour assurer aux femmes des méthodes sûres d’avortement autogéré et pour ouvrir la voie à une jurisprudence en matière d’accès à l’IVG », a-t-elle souligné.

Les statistiques actuelles révèlent l’urgence d’une telle régulation. Selon l’enquête PMA 2020-2021, plus de 60% des avortements en Côte d’Ivoire sont réalisés dans des conditions à hauts risques. Chaque année, entre 209 000 et 288 000 avortements sont recensés, avec des taux alarmants de mortalité maternelle. Le ratio actuel est de 385 décès pour 100 000 naissances vivantes, dont 21% sont liés à l’avortement, touchant principalement des femmes de moins de 35 ans. Ces chiffres montrent à quel point l’avortement non sécurisé est un problème majeur de santé publique.

« Il est impératif que les secteurs de la santé et de la justice travaillent de concert pour assurer aux femmes des méthodes sûres d’avortement autogéré et pour ouvrir la voie à une jurisprudence en matière d’accès à l’IVG », Mariam Doumbia

Mariam Doumbia, la coordonnatrice du projet
Mariam Doumbia, la coordonnatrice du projet

Le projet « Parce que tu comptes » vise à sensibiliser la population à ces enjeux grâce à une communication à 360 degrés. Il sera inauguré lors d’un Dîner-gala prévu pour le 19 octobre, rassemblant les médias, les blogueurs, et des acteurs institutionnels tels que le Ministère de la Santé et de l’Hygiène publique. Ce cadre permettra de promouvoir une approche holistique et collaborative pour prévenir les avortements clandestins et leurs conséquences tragiques.

La mise à jour de la législation, officialisée dans le journal du 19 juin 2024, marque une étape cruciale. En modifiant la loi N2019-574, l’article 427 régit désormais l’IVG, apportant un cadre légal plus protecteur pour les femmes. Toutefois, pour que cette loi ait un impact concret, il est essentiel de garantir un accès réel à des services d’avortement sûrs, tout en renforçant la sensibilisation à travers des actions ciblées sur le terrain.

Le projet « Parce que tu comptes » vise à sensibiliser la population à ces enjeux grâce à une communication à 360 degrés.

Les conférenciers lors de la cérémonie
Les conférenciers lors de la cérémonie

La régulation de l’avortement en Côte d’Ivoire n’est pas seulement une question légale, mais surtout un enjeu de santé publique et de droits des femmes. « Parce que tu comptes » s’inscrit dans une dynamique de prévention et de protection, pour sauver des vies et permettre à chaque femme de faire ses choix en toute sécurité.

Partager cet article
César Kouamé est un journaliste ivoirien engagé, spécialisé dans les questions d’intérêt public, notamment l’environnement, le climat et les dynamiques sociales en Afrique de l’Ouest. Fort d’une expérience en journalisme de terrain et en enquêtes transfrontalières, il a collaboré avec plusieurs médias de référence et occupe des fonctions éditoriales stratégiques. Actuellement rédacteur en chef et fondateur du média en ligne papot.net, il œuvre pour une information indépendante, accessible et orientée vers l’impact. Son travail s’inscrit dans une démarche de promotion de la transparence, du développement durable et des Objectifs de développement durable (ODD). Lauréat de programmes internationaux, il s’investit également dans des initiatives panafricaines visant à renforcer le journalisme d’investigation et l’innovation dans les médias.
Aucun commentaire

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *