La première édition de la Foire Internationale des Jeunes Artistes Plasticiens (FIJAP), organisée le lundi 25 août au Palais de la Culture de Treichville autour du thème « Horizons croisés », a offert un moment de réflexion d’une rare intensité.
À la tribune, le journaliste culturel et critique d’art Christian Guéhi, par ailleurs président de l’Organisation Professionnelle des Critiques d’Art de Côte d’Ivoire, a captivé l’auditoire par une conférence axée sur une problématique centrale : « L’artiste doit-il s’auto-mettre en scène ? »
L’image de l’artiste, un enjeu stratégique
Dans un contexte où l’image constitue désormais un langage universel, Christian Guéhi a souligné l’importance pour les artistes contemporains, en particulier les jeunes plasticiens africains, de devenir visibles et acteurs de leur propre diffusion. « Il ne s’agit pas de narcissisme, mais de stratégie », a-t-il affirmé, rappelant que l’autopromotion permet de dépasser les murs souvent restrictifs des galeries.
La mise en scène de soi apparaît ainsi comme une nécessité contemporaine. Elle ne vise pas seulement à montrer une œuvre, mais aussi à instaurer un dialogue direct avec le public, en contournant les obstacles liés à l’élitisme et aux difficultés d’accès aux espaces d’exposition traditionnels.
La mise en scène de soi apparaît ainsi comme une nécessité contemporaine. Elle ne vise pas seulement à montrer une œuvre, mais aussi à instaurer un dialogue direct avec le public

Briser les murs de l’élitisme
Christian Guéhi a dénoncé la perception des arts plastiques comme un domaine réservé à une minorité. Pour lui, il est urgent d’ouvrir ces pratiques au plus grand nombre. Les réseaux sociaux offrent, selon lui, une opportunité unique d’élargir les horizons : « Une toile postée, commentée et partagée peut avoir plus d’impact qu’un vernissage confidentiel. » Mais encore faut-il, ajoute-t-il, savoir se raconter et donner du sens à son œuvre.
Écrire son œuvre pour mieux la faire parler
Au-delà de la création, le critique d’art a insisté sur la nécessité pour l’artiste d’accompagner sa production d’un discours. Expliquer sa démarche, ses influences, son univers devient un acte essentiel dans un monde artistique globalisé. Sans cette parole, une œuvre risque de rester muette face au public.
Une lecture critique exigeante
En marge de sa conférence, Christian Guéhi a également proposé une lecture critique des œuvres exposées dans la salle Christian Lattier. Son analyse, rigoureuse et sans complaisance, a permis de mettre en lumière la diversité des styles et des thématiques, tout en rappelant l’importance de la cohérence et de l’intention dans la pratique artistique.
Au-delà de la création, le critique d’art a insisté sur la nécessité pour l’artiste d’accompagner sa production d’un discours.
L’artiste, médiateur de sa propre œuvre
Au terme de cette journée d’échanges, une conviction s’impose : l’artiste ne peut plus se contenter de créer dans l’ombre. Il est désormais appelé à devenir le médiateur de son œuvre, un interprète capable de dialoguer avec le public et de défendre sa place dans l’écosystème culturel.
Dans un continent africain où la scène artistique connaît un dynamisme croissant, cette mise en scène de soi devient à la fois un acte politique, pédagogique et esthétique. Un défi que la nouvelle génération de plasticiens devra relever pour élargir son champ d’action et faire résonner plus fort ses « horizons croisés ».
Organisée par Patricia Rachel Dadje, en partenariat avec le Palais de la Culture de Treichville, cette première édition de la FIJAP a ainsi posé les bases d’un dialogue fécond entre création, critique et diffusion artistique.
