Interview / Aïcha Karamoko, artiste peintre : « Rien ne s’obtient sans travail, foi et courage »

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De mère tresseuse et de père conducteur de véhicule de transport en commun, Karamoko Aïcha, Koyaga, native de Mankono, est une artiste plasticienne ivoirienne, vivant à Yamoussoukro. L’art de la peinture lui a été inculqué par les caractères hérités des dessins offerts par l’école franco-arabe, qu’elle a fréquentée. Son appartenance à la religion musulmane n’a pas freiné sa passion. Mieux, son oncle artiste lui a servi d’engrais permettant à ses parents de ne pas refuser qu’elle se lance dans l’

Qu’est-ce qui vous a motivée à vous lancer dans la peinture ?

Depuis ma tendre enfance, j’ai aimé la peinture et à partir de 15 ans j’ai su que cette discipline pouvait nourrir son pratiquant. L’amour pour cet art et le gain de sa vie qu’on pouvait avoir grâce à lui, m’ont motivée à m’y jeter à fond pour espérer me faire d’abord un nom et de pouvoir ensuite gagner ma vie grâce à lui. La bénédiction et les es encouragements de ma mère, associés à la pratique d’un art par un de mes oncles, m’ont permis de pouvoir me tenir devant vous comme artiste peintre.

C’est à partir de quel niveau scolaire vous vous êtes pleinement consacrée à la peinture ?

Je n’ai pas suivi l’école occidentale, néanmoins j’ai fréquenté l’école franco-arabe. Avec les caractères arabes que nous dessinions, l’amour du dessin s’est invité à ma personne, sans que je ne le sache au départ. Ce n’est qu’après qu’en faisant le croisement je me suis aperçue que tout est parti de là.

Que représente la peinture pour vous et que voulez-vous exprimer au monde à travers elle ?

La peinture est dans un premier temps pour moi une passion. Quand je me jette dans la création d’un tableau, je sens une aise indescriptible, qui me libère l’esprit. C’est comme si je suis en harmonie avec une parente ou une complice. Dans un deuxième temps, elle est pour moi un chemin d’expression que j’émets au monde. Cela par le canal de la sensibilisation sur notre mode de vie, notamment le respect de l’environnement, la bienséance de l’humanité, que ce soit chez les animaux, les hommes. Bref je lance des messages à toutes les créatures de Dieu, en particulier l’humain. Mes tableaux sont un hymne compilé autour de messages pour le bien-être de l’humanité, afin que ses habitants ne détruisent pas cette belle terre que le créateur nous a donné en cadeau.

Mes tableaux sont un hymne compilé autour de messages pour le bien-être de l’humanité, afin que ses habitants ne détruisent pas cette belle terre que le créateur nous a donné en cadeau.

Quel style de peinture pratiquez-vous ?

Je pratique la peinture abstraite et les portraits. Ce qui ne m’empêche pas de me lancer dans d’autres styles, quand des personnes me passent des commandes. En fait j’ai bénéficié de formations de plusieurs maîtres. Celui qui m’a initié à la peinture est Jean-Claude Akessé Amlan, paix à son âme. J’ai aussi eu d’autres formateurs, qui m’ont appris la calligraphie, la sérigraphie, la décoration, le design de chambre et d’hôtel. Mais, c’est la peinture qui m’a le plus accroché.

Avec le talent qui est en vous, nous osions croire que vous êtes sollicitée pour des expositions, festivals ou travaux divers ?

J’ai été plusieurs fois sollicitée pour des travaux dans de nombreux projets, notamment des expositions et festivals. Ce qui m’a permis d’aller deux fois à la Maison du peuple au Burkina Faso, pour exposer. J’ai été aussi sollicitée au Niger, au Nigéria également. Sans compter les multiples invitations à Abidjan à l’occasion d’expositions, de festivals et d’autres travaux.

Une femme dans la peinture, surtout à Yamoussoukro. Est-ce que votre entourage ne trouve pas cela curieux ?

Certaines personnes sont surprises de me voir exercer ce métier. D’autres par contre en sont heureuses. Etant la seule peintre à Yamoussoukro, de nombreuses personnes m’encouragent à exercer ce métier. Parce que selon elles, je suis une femme battante, qui mérite que son courage et travail soient salués. Je reçois beaucoup de conseils qui m’encouragent et m’aident à continuer cet art. Et cela me permet de surmonter des épreuves.

La peinture nourrit-elle sa pratiquante ?

Pour l’instant ce ne sont pas de grosses sommes d’argent que j’amasse, mais je pourrai vous garantir que la peinture me nourrit.

Aimeriez-vous voir d’autres jeunes filles exercer ce métier ? Et quels conseils pourriez-vous leur donner ?

J’aimerai voir d’autres filles se mettre à la peinture à Yamoussoukro, car à Abidjan et dans d’autres villes il y en existe. Comme conseils, je dirai que quel que soit ce qu’elles ont envie de faire, il leur faut de l’amour, de la confiance et la persévérance. Même si ce qu’elles souhaitent faire semble difficile, il faut qu’elles persévèrent. Toutes les femmes qui ont réussi et qu’on voit aujourd’hui dans de grands secteurs de la société ont bravé beaucoup de choses et ont eu une dose de courage et de persévérance. Rien ne s’obtient sans travail, foi et courage. Le succès et la réussite viennent de ces facteurs, donc il est nécessaire de ne pas se laisser abattre par un quelconque souci. Celles qui souhaiteraient apprendre la peinture sont les bienvenues dans mes locaux. Seuls l’apprentissage et le courage pourront leur assurer un avenir meilleur.

Interview réalisée par Clément KOFFI

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César Kouamé est un journaliste ivoirien engagé, spécialisé dans les questions d’intérêt public, notamment l’environnement, le climat et les dynamiques sociales en Afrique de l’Ouest. Fort d’une expérience en journalisme de terrain et en enquêtes transfrontalières, il a collaboré avec plusieurs médias de référence et occupe des fonctions éditoriales stratégiques. Actuellement rédacteur en chef et fondateur du média en ligne papot.net, il œuvre pour une information indépendante, accessible et orientée vers l’impact. Son travail s’inscrit dans une démarche de promotion de la transparence, du développement durable et des Objectifs de développement durable (ODD). Lauréat de programmes internationaux, il s’investit également dans des initiatives panafricaines visant à renforcer le journalisme d’investigation et l’innovation dans les médias.
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