Yaya Fofana : fidèle au RHDP, mais libre de sa parole

Youssef Izoudine
7 min de lecture

Peut-on contribuer pendant des années à bâtir une famille politique, en défendre les valeurs et, le moment venu, revendiquer le droit d’en questionner le fonctionnement ? Le parcours de Yaya Fofana pose cette question au sein du RHDP. Président du Mouvement des Forces d’Avenir (MFA), il revendique son attachement à la famille houphouëtiste tout en défendant le pluralisme, la liberté de parole et le renouvellement générationnel.

Du MFA aux responsabilités au RHDP

Le parcours politique de Yaya Fofana s’est construit autour de l’organisation et de la communication. Porte-parole du MFA pendant plusieurs années, il a défendu les orientations du mouvement avant d’en prendre la présidence.

Son engagement l’a également conduit au sein du RHDP, où il a occupé plusieurs responsabilités, notamment comme membre du Directoire, vice-président de la Commission communication et porte-parole adjoint.

Il a ainsi participé à la promotion de l’houphouëtisme et à la construction du parti unifié. Yaya Fofana ne parle donc pas du RHDP en observateur extérieur. Il en connaît les mécanismes et les équilibres pour avoir participé à son fonctionnement.

Une trajectoire marquée par les crises du MFA

Son parcours reste aussi lié aux différentes crises qui ont traversé le MFA. Dans les débats sur l’avenir du mouvement et son positionnement politique, Yaya Fofana a notamment défendu son maintien dans la famille houphouëtiste.

Cette position l’a parfois conduit à affronter des divergences au sein de sa propre formation.

Hier, il défendait l’ancrage du MFA dans le RHDP. Aujourd’hui, il interpelle le rassemblement sur la place à accorder aux différentes sensibilités qui ont contribué à sa construction.

De la représentativité à la compétition interne

Au fil des années, la question de la représentation du MFA dans les instances du RHDP a progressivement évolué vers un débat plus large sur le fonctionnement politique du parti.

Comment organiser la contradiction ? Comment favoriser l’émergence de nouveaux responsables ? Quelle place donner à la compétition interne ?

C’est dans cette continuité que s’inscrit sa candidature de 2025 à la direction du RHDP face à Alassane Ouattara.

Pour Yaya Fofana, cette démarche ne constitue pas nécessairement une rupture avec le RHDP. Elle traduit plutôt, selon sa lecture, la possibilité de rester fidèle à une famille politique tout en contestant certaines de ses orientations ou méthodes.

« Notre loyauté est considérée comme de la faiblesse », déclarait-il alors.

Il avait également annoncé sa candidature à l’élection présidentielle avant de la retirer, notamment en raison de son opposition au système de parrainage. Un retrait qu’il ne présentait pas comme la fin de son engagement politique.

« Ma mission dépasse une échéance électorale et s’inscrit dans le temps long de l’Histoire. »

Le statut du MFA au cœur du débat

Une autre question demeure : quel est aujourd’hui le statut exact du MFA dans le cadre du RHDP unifié ?

Le congrès extraordinaire de Bondoukou, en mars 2018, avait engagé le mouvement dans le processus de construction du RHDP unifié. Mais les conséquences précises de cette décision font encore l’objet de lectures différentes.

Certains responsables considèrent que le MFA s’est fondu dans le parti unifié. Yaya Fofana défend une autre lecture et demande que les textes, résolutions, décisions statutaires et éventuelles formalités soient examinés afin d’établir précisément la situation juridique du mouvement.

La prudence reste donc de mise sur cette question. Le débat public ne permet pas, à lui seul, de trancher définitivement la portée juridique des décisions prises depuis 2018.

Au-delà du cas du MFA, cette controverse pose une question plus large : quelle place une formation conserve-t-elle au sein d’un rassemblement politique lorsqu’elle participe à son processus d’unification ?

La question de l’après

Derrière cette bataille politique se trouve une autre préoccupation de Yaya Fofana : le renouvellement générationnel.

Comment préparer l’avenir d’une grande formation politique ? Comment permettre à de nouvelles générations de responsables d’émerger, de proposer des idées et de se confronter politiquement ?

Pour lui, le renouvellement passe par l’ouverture, la circulation des responsabilités et la possibilité de faire émerger de nouvelles ambitions.

Le débat dépasse donc la question de la direction actuelle. Il porte également sur la manière dont le RHDP préparera sa succession et son avenir.

Fidèle, mais libre

Le parcours de Yaya Fofana peut donner l’impression d’un changement de position. Il peut aussi être lu comme une évolution dans la continuité.

Il a défendu l’houphouëtisme, participé à la construction du parti unifié et exercé des responsabilités au RHDP. Il a également défendu, au sein du MFA, le maintien de cette formation dans la famille houphouëtiste.

Aujourd’hui, il revendique davantage de pluralisme, de liberté de parole et de compétition interne.

Hier, l’enjeu était de rassembler. Aujourd’hui, son discours consiste à faire vivre le rassemblement et à préparer son avenir.

« La Côte d’Ivoire n’a pas besoin d’héritiers, elle a besoin de continuateurs. »

Une formule qui résume sa vision : la continuité politique ne devrait pas reposer uniquement sur la transmission, mais aussi sur la capacité à faire émerger de nouvelles idées, de nouvelles générations et de nouvelles responsabilités.

Après avoir contribué à construire la maison commune, Yaya Fofana revendique aujourd’hui le droit d’en questionner le fonctionnement, sans pour autant renier son appartenance à la famille houphouëtiste.

Fidèle au RHDP, mais libre de sa parole : c’est sur cette ligne que Yaya Fofana entend désormais inscrire son combat politique.

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