Inscrit sur la « liste grise » du Groupe d’action financière (GAFI) pour des « déficiences stratégiques » dans son dispositif de lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme (LBC/FT), le Kenya intensifie ses efforts pour redresser la situation.
Dans cette dynamique, l’Office of the Director of Public Prosecutions (ODPP), organe indépendant chargé des poursuites pénales, a initié une formation spécialisée à l’intention des procureurs. L’objectif est clair : renforcer l’efficacité des poursuites et accélérer la sortie du pays de cette surveillance internationale renforcée.
Une montée en compétence ciblée des magistrats
Organisée avec l’appui de la Deutsche Gesellschaft für Internationale Zusammenarbeit (GIZ), cette session de formation a mobilisé des magistrats issus de plusieurs juridictions kényanes.
Au cœur des modules abordés : la priorisation des dossiers de blanchiment, l’intensification des enquêtes financières et une meilleure qualification juridique des infractions dans les affaires complexes. L’approche s’est voulue pragmatique, avec des études de cas inspirées de situations réelles afin d’affiner les capacités d’analyse des participants.
Les échanges ont également permis de mettre en lumière plusieurs obstacles persistants, notamment le manque de données statistiques consolidées sur les infractions de blanchiment, un handicap pour le pilotage stratégique des poursuites.
Un calendrier serré pour Nairobi
Les experts ont rappelé la sophistication croissante du blanchiment de capitaux, structuré en trois étapes clés : le placement, l’empilement (« layering ») et l’intégration. À cela s’ajoutent des variantes comme l’auto-blanchiment ou l’implication de tiers.
Pour Nairobi, l’enjeu est désormais de taille. Inscrit sur la liste grise depuis février 2024, le Kenya s’est engagé à corriger ses insuffisances d’ici juin 2026, une échéance qui coïncide avec une session plénière du GAFI.
Lors de sa réunion de février 2026, l’organisation a maintenu le pays sous surveillance accrue, tout en reconnaissant certaines avancées, notamment dans la régulation des professions non financières et dans les enquêtes liées au financement du terrorisme.
Un impact économique non négligeable
Au-delà de l’enjeu institutionnel, la présence sur la liste grise a des répercussions économiques concrètes. Elle renchérit les transactions internationales, complexifie l’accès aux financements extérieurs et peut freiner les investissements.
Un défi de taille pour le Kenya, qui aspire à renforcer sa position de hub financier en Afrique de l’Est.
Un appui international structurant
Cette initiative s’inscrit dans le cadre du programme « Strengthening Good Governance in Kenya », porté par la GIZ et soutenu par le ministère fédéral allemand de la Coopération économique et du Développement.
Doté d’un financement de 13,5 millions d’euros, coassuré par l’Allemagne et l’Union européenne, ce projet, déployé entre 2025 et 2027, vise à améliorer la gouvernance publique au Kenya. Il met notamment l’accent sur la transparence, la redevabilité et le renforcement des capacités institutionnelles dans la lutte contre la corruption et les flux financiers illicites.
À travers cette mobilisation conjointe des autorités judiciaires et des partenaires internationaux, le Kenya espère désormais franchir un cap décisif vers sa sortie de la liste grise et restaurer la confiance des investisseurs.