Le réaménagement des secrétariats départementaux du RHDP vient de faire une victime politique de poids à Bondoukou. Siaka Ouattara, ancien secrétaire d’État et ancien président du Mouvement des Forces d’Avenir, n’est plus secrétaire départemental RHDP de Bondoukou-Laoudi-Ba.
La décision du Secrétariat exécutif datée du 7 septembre 2026 consacre la désignation de Kouman Ouattara Abou à cette responsabilité. Derrière ce changement apparemment administratif se dessine pourtant un nouvel épisode dans une trajectoire politique qui semble, depuis quelques années, accumuler les revers.
Le document du RHDP indique que ces nominations visent à remplacer des secrétaires départementaux déclarés défaillants, décédés ou ayant adopté des comportements contraires aux valeurs, aux principes et à la discipline du parti. Le texte ne précise cependant pas le motif individuel concernant Siaka Ouattara. Il serait donc hasardeux de lui attribuer automatiquement une faute particulière. Une réalité demeure incontestable. Il perd le contrôle d’une structure départementale importante dans une zone où son influence politique était historiquement considérée comme l’un de ses principaux atouts.
Ce nouvel épisode prend davantage de relief lorsqu’il est rapproché de la perte de la présidence du MFA au profit de Yaya Fofana. À l’issue d’une profonde crise interne ouverte en 2021, Yaya Fofana a progressivement pris les commandes de cette formation politique et en porte aujourd’hui la présidence. Siaka Ouattara avait vivement contesté cette évolution. Mais plusieurs années plus tard, le rapport de forces est là. Yaya Fofana dirige le MFA tandis que Siaka Ouattara vient désormais de perdre son secrétariat départemental RHDP à Bondoukou.
Certes, les deux événements relèvent de cadres différents et il serait simpliste de prétendre qu’ils procèdent d’une même décision politique. Mais leur succession interpelle. En politique, l’influence ne se mesure pas uniquement au parcours passé ou aux fonctions autrefois exercées. Elle se mesure aussi aux structures que l’on dirige, aux militants que l’on mobilise et à la confiance que les appareils politiques continuent d’accorder. Sur ces différents terrains, Siaka Ouattara se retrouve aujourd’hui confronté à une question difficile à esquiver. Quel est encore son poids politique réel ?
La nomination de Kouman Ouattara Abou accentue cette interrogation. Un secrétaire départemental est un acteur essentiel du dispositif d’un grand parti. Il anime les structures locales, coordonne les responsables, organise la mobilisation et constitue un relais direct entre la base et la direction. Le changement décidé à Bondoukou signifie donc concrètement que le RHDP confie désormais à un autre responsable la conduite de son appareil départemental à Bondoukou-Laoudi-Ba.
Pendant ce temps, Yaya Fofana poursuit son positionnement à la tête du MFA et cherche à replacer cette formation dans les grands débats de la famille houphouëtiste. Les trajectoires des deux hommes, longtemps liées par l’histoire du même parti, apparaissent aujourd’hui singulièrement opposées. L’un consolide sa présidence, l’autre voit disparaître une nouvelle responsabilité politique. Ce contraste nourrit nécessairement les commentaires sur l’évolution du rapport de forces entre les deux anciens compagnons politiques.
Faut-il pour autant annoncer la fin politique de Siaka Ouattara ? Ce serait prématuré. La politique ivoirienne a suffisamment démontré que les retours sont possibles et que la perte d’une fonction ne signifie pas automatiquement la disparition d’un homme. Siaka Ouattara conserve son expérience, ses réseaux et une histoire politique qui ne peuvent être effacés par une décision de nomination. Mais après avoir perdu la présidence du MFA et désormais le secrétariat départemental RHDP de Bondoukou-Laoudi-Ba, il lui faudra probablement démontrer qu’il dispose encore d’une capacité autonome de mobilisation.
À Bondoukou, en revanche, le changement est acté. Siaka Ouattara sort du dispositif départemental et Kouman Ouattara Abou prend la relève. Pris isolément, ce remplacement pourrait n’être qu’une péripétie dans la vie interne du RHDP. Replacé dans la trajectoire récente de l’ancien président du MFA, il prend une tout autre signification. Car en politique, perdre une fonction peut être un accident. En perdre plusieurs successivement finit par devenir une tendance. Et c’est précisément cette tendance qui place aujourd’hui Siaka Ouattara face à la question la plus redoutable pour tout responsable politique , le temps de l’influence est-il en train de lui échapper ?