La Russie avance en Côte d’Ivoire à pas mesurés, mais assurés. Loin des démonstrations flamboyantes ou des annonces tonitruantes, Moscou construit une présence discrète, stratégique et progressive. C’est ce qu’a révélé S.E.M. Alexey Saltikov, Ambassadeur de la Fédération de Russie en Côte d’Ivoire, lors d’une audience accordée le 2 décembre 2025 à la délégation de l’Organisation Unie des Reporters Amis de la Russie (O.U.R.A.).
Dès l’ouverture de l’entretien, le diplomate a tenu à saluer la naissance de cette organisation, qu’il considère comme un relais essentiel pour permettre aux Africains « d’entendre une voix différente, une voix russe », dans un environnement médiatique où les perceptions sont souvent dominées par des récits occidentaux. Un propos qui s’inscrit dans une vision plus large : celle d’un monde multipolaire où chaque nation doit pouvoir défendre sa souveraineté.
Revenant sur l’histoire, Alexey Saltikov a rappelé l’engagement ancien de Moscou dans les luttes d’indépendance africaines. Pour lui, cette posture de soutien aux nations en quête d’autonomie demeure une constante de la politique russe. C’est d’ailleurs au nom de cette continuité idéologique que la Russie entend consolider sa présence en Côte d’Ivoire, malgré un contexte géopolitique international marqué par des sanctions qu’il qualifie « d’illégales ».
Le diplomate reconnaît que ces contraintes obligent son pays à agir de manière ingénieuse pour maintenir ses partenariats. Certaines initiatives ne peuvent pas être affichées de manière ostentatoire, mais, affirme-t-il, « la Russie est là et bien là ». Les échanges commerciaux poursuivent leur croissance, même si les projecteurs médiatiques ne se braquent pas toujours sur ces avancées.
L’un des axes les plus visibles de cette coopération demeure l’éducation. Cette année, 115 bourses ont été attribuées à des étudiants ivoiriens, un chiffre en constante augmentation depuis près d’une décennie. À cela s’ajoute le programme Alabuga Start, porté par la République du Tatarstan, qui accueille de jeunes Africaines pour des formations complètes mêlant théorie et pratique, avec prise en charge totale des frais. Le diplomate se félicite des retours positifs reçus, signe selon lui que les liens éducatifs entre les deux pays se renforcent de manière durable.
Les échanges commerciaux poursuivent leur croissance, même si les projecteurs médiatiques ne se braquent pas toujours sur ces avancées.

Moscou souhaite également encourager l’apprentissage de la langue russe en Côte d’Ivoire. Une série d’établissements privés ont déjà été ciblés pour accueillir, dès cette année académique, une initiation régulière au russe. Parallèlement, l’Institut pédagogique de Yaroslavl poursuit ses collaborations avec plusieurs institutions ivoiriennes, dont le groupe scolaire Le Muguet, l’Université Méthodiste et l’Institut Universitaire d’Abidjan, dans une dynamique d’échanges linguistiques et culturels.
La culture, justement, occupe une place particulière dans la stratégie de Moscou. L’ambassade prépare une série d’activités, allant de master-class animées par des experts du célèbre Institut cinématographique de Moscou, à des échanges artistiques autour de la danse, du théâtre ou de la peinture. Un concert mêlant musique traditionnelle et contemporaine russe est également annoncé à l’ISTC, avec pour ambition de faire découvrir « l’âme d’un peuple à travers ses sonorités ».
Sur le plan militaire, le diplomate se veut prudent. Il reconnaît qu’il n’existe pas encore de partenariat opérationnel entre Moscou et Abidjan, mais précise que des invitations sont régulièrement adressées à la partie ivoirienne pour participer à des événements organisés par la Russie ou ses industries d’armement. Si la Côte d’Ivoire le souhaite, des coopérations pourraient, à terme, être envisagées, notamment dans des domaines sensibles comme la lutte contre le terrorisme.
Au niveau diplomatique, la coordination entre les deux pays se renforce sur la scène internationale. La Côte d’Ivoire prendra part à la deuxième conférence ministérielle Russie–Afrique, prévue les 19 et 20 décembre 2025 au Caire, une étape importante dans la redéfinition des partenariats stratégiques entre Moscou et le continent.
Moscou souhaite également encourager l’apprentissage de la langue russe en Côte d’Ivoire.
Face à lui, la délégation de l’O.U.R.A. n’a pas manqué d’exposer sa vision. Pour son président, Mondésire Nascimento, l’organisation se positionne comme un contrepoids aux récits dominants, avec pour ambition de diffuser une information factuelle, contextualisée et libérée des biais géopolitiques. L’Afrique, selon lui, a besoin d’accéder à une diversité de sources et à des lectures alternatives du monde.
Le secrétaire général, César Kouamé, a pour sa part plaidé pour une coopération médiatique structurée avec l’Ambassade russe. Il propose la mise en place d’échanges de contenus, de formations croisées en géopolitique, de forums, de master-class, mais aussi la création de programmes de stages ou d’immersion en Russie afin de mieux comprendre les réalités de ce pays souvent mal perçu.
Cette rencontre, qui a réuni autour de l’Ambassadeur son conseiller en communication M. Ivanov, marque une étape importante dans la volonté des deux parties d’approfondir un partenariat fondé sur la confiance, l’information et le dialogue. Derrière les mots, une dynamique se confirme : la Russie avance en Côte d’Ivoire avec méthode, dans un mélange de discrétion et de conviction, portée par l’idée qu’un nouvel équilibre mondial est en train d’émerger et que l’Afrique y occupe une place centrale.