Georges Ravoteur, auteur de ‘’De la baie du Robert à la lagune Ebrié’’ : « La différence de races était de mise à l’école aux Antilles…»

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Georges Ravoteur, initiateur du Carnaval Ivoiro-antillais, s’apprête à publier en octobre une autobiographie retraçant son parcours, de son enfance à sa carrière dans la santé en France. L’ouvrage met aussi en lumière son combat pour bâtir un pont culturel entre l’Afrique et les Antilles, avec la Côte d’Ivoire comme point central. Dans cet entretien, il en dévoile un avant-goût.

Bonjour, monsieur Ravoteur. Vous êtes en instance de faire paraître un livre. Quels sont le titre et la thématique abordée.

Le livre est une autobiographie, c’est-à-dire que je parle depuis ma naissance de la Martinique, et le livre s’appelle « De la baie du Robert à la lagune Ébrié ». Donc, il parle d’avant même mon enfance, de la rencontre de mes parents, ensuite de ma naissance, de mes premiers jours au bord du canal où nous habitions. Il parle de la connaissance de ce monsieur qui va me nourrir pendant jusqu’à 18-20 ans, qui m’a reconnu, qui est mon père, dans cette commune qui est Le Robert, où j’ai fait mes études, pour par la suite aller au séminaire collège. L’ouvrage parle de pas mal de choses sur ma vie.

La date de sa parution est fixée à quand ?

Sa date de parution est fixée pour le mois d’octobre.

En lisant l’oeuvre, on découvre un parcours atypique, retraçant votre enfance, notamment la naissance, la scolarité, l’Afrique, l’Europe et les États-Unis. La première étape a été marquée par une scolarité décrite à double vitesse, entre filles et fils de Békés et vous, descendants d’esclaves. Qu’avez-vous retenu de cette époque ?

Il y avait plutôt des fils, pas de filles, parce qu’à l’époque en Martinique on ne mélangeait pas les garçons et les filles. Maintenant, ça se fait. Donc, on peut dire que c’est rare qu’il y ait des filles. En principe, les gens qui rentraient dans ces écoles privées étaient friqués, ce sont des gens qui avaient beaucoup d’argent. Donc, les Békés notamment, qui cherchaient un coin pour éduquer leurs enfants, pour leur donner de belles études, avaient les moyens conséquents. Ils invitaient les professeurs chez eux, donnaient beaucoup d’argent à l’église. Donc, c’était une différence déjà de statut. Tu es riche, moi je suis pauvre. Nous élèves, n’étions pas du même monde. Mais c’était une école quand même. Il faut reconnaître, malgré ce côté un peu secret, je ne sais pas si c’est ce qu’on dit d’ailleurs, il y avait ce beau côté où nous, qui étions des enfants de notre bord, arrivions à étudier quand même. Parce qu’on étudiait pas mal de choses, la direction de l’école était assez sévère quand même. Parce qu’on n’avait pas les notes qu’on devait avoir, parce que c’est un peu comme ça, on punit celui qui n’en a pas, et puis celui qui a l’habitude, on va lui expliquer, et dire que la prochaine fois, il va falloir faire mieux. Tandis que nous n’avions pas droit à l’erreur. Donc nous devenons de bons écoliers là, du coup.

Le livre est une autobiographie, c’est-à-dire que je parle depuis ma naissance de la Martinique, et le livre s’appelle « De la baie du Robert à la lagune Ébrié ».

Georges Ravoteur, auteur de ‘’De la baie du Robert à la lagune Ebrié’’ : « La différence de races était de mise à l’école aux Antilles...»

Vous avez flirté avec la musique et le cinéma à un certain moment, comment est-ce arrivé ?

C’est arrivé, comme tout le monde. Je crois qu’on passe tranquillement dans la rue, on vous demande qui êtes-vous, on vous demande déjà qu’est-ce que vous faites. Me concernant, ça s’est passé à Los Angeles, sur le Sunset boulevard. Je me promenais avec des amis qui étaient rentrés dans un supermarché, j’étais debout, je les attendais, et il y a un monsieur du prénom de Michael, un jeune blanc qui est venu me voir, et s’est présenté comme étant le responsable du casting de la chaîne américaine ABC. Il me dit en anglais, « I want you for a TV show ? ». Je dis, vous me voulez pour un TV show, mais je ne suis pas un Américain, je suis français, et je prends l’avion bientôt. Il m’a dit, « No, no, no, this is not for a long moment, just a few minutes ». Ce n’était pas longuement, mais c’était juste pour tourner une scène, et puis après, il me libérait rapidement. De quelques minutes dont il a parlé, le tournage a duré au moins trois heures. De toute façon, j’ai repris des scènes maints et maints fois comme un professionnel. Il faut l’avouer, je n’avais jamais fait ça de ma vie. En plus, en anglais, en américain, donc c’était pas mal. Ça m’a plu, et ce monsieur est allé demander des renseignements à mon amie qui est américaine. Il voulait me garder pour me mettre au diapason du travail de studio d’ABC.

Vous avez flirté avec la musique et le cinéma. Comment est-ce arrivé ?

C’est ce que j’ai dit de suite.

Avez-vous cherché les traces de votre père biologique, que vous avez décrit comme un ressortissant guinéen ?

Quand j’étais un peu jeune à Paris, je devais avoir 18, 19 ans, je suis allé à l’Ambassade de la Guinée à Paris, à la rue Raymond Poincaré. J’ai demandé à l’ambassadeur qui bien-sûr m’avait reçu personnellement, je ne sais pas pourquoi d’ailleurs, que j’étais à la recherche de mon père. Il était très ouvert, donc il a fallu chercher à gauche, à droite. Il m’a même donné des endroits où j’aurais pu éventuellement écrire à une certaine famille. Mais ça, je ne sais pas pourquoi, je n’ai pas continué. ça m’a un peu embêté, j’ai laissé tomber, et puis je suis revenu là-dessus, mais de temps en temps, je pense à toute la famille. Je me suis dit, on ne sait jamais, c’est en Côte d’Ivoire, et il y a beaucoup de personnes de ce nom. Je les ai recherchés, et puis après voyant qu’ils n’ont pas pris la même décision que moi, notamment mon père, j’ai abandonné.

J’ai demandé à l’ambassadeur qui bien-sûr m’avait reçu personnellement, je ne sais pas pourquoi d’ailleurs, que j’étais à la recherche de mon père.

Une façade de vos récits à Abidjan, lieu culte du rapprochement des Antilles à l’Afrique, à travers le carnaval ivoire-antillais. Comment vous est venue cette idée ?

Le carnaval, c’est une chose à laquelle je suis habitué depuis l’enfance, disons depuis l’âge de deux ans. On me déguisait, je ne comprenais rien du tout, et on m’emmenait sur la savane de Fort-de-France pour participer au carnaval. Donc, par la suite, ma tante qui est devenue une vieille dame maintenant de 97 ans, m’en a toujours parlé. Et ensuite, quand j’étais en France, aucun carnaval n’existait encore. Et je suis parti une année en Martinique, pendant la période carnavalesque, et j’ai pu me déguiser. Et c’est là que j’ai trouvé que ça avait une attirance, ça apportait beaucoup de culture, beaucoup d’amusement. Ce n’était pas le carnaval actuel, c’était un carnaval qui prenait naissance et qui est devenu un très grand carnaval, le carnaval de Fort-de-France. C’est comme ça que j’ai été attiré. A Bingerville, j’ai voulu faire un petit truc qui rappelle un peu mon pays à cette époque, c’est comme le Chanté Nwel. Et nous avons commencé comme ça chez moi, avec les enfants de la cité des Grâces à Bingerville. Ils sont venus se rassembler à la maison, et nous avons fait le tour de la cité en chantant, ‘’hélicoptère, hélicoptère’’, avec un camion, et puis voilà. C’est comme ça que m’est venu l’idée. Je suis allé par la suite voir le maire après, qui a adopté le projet.

Quel regard en général portent les Antillais qui à travers vous ont découvert leur terre ancestrale ?

Ils sont contents. Bon, je ne réalise pas exactement que c’est à cause de moi, ceci, cela, mais je suis content de les recevoir, on parle, etc. Nous faisons des photos, ils parlent de moi, me demandent quand est-ce que je reviens, de ne pas oublier de passer les voir. Parce qu’ils sont venus me voir aussi. Ils sont étonnés de voir que je sois un monsieur qui les accueille avec autant de gentillesse, de simplicité. J’ai eu un groupe aujourd’hui (2 septembre 2025 : ndlr), qui m’a téléphoné, qui désirait me rencontrer. Après, ils m’ont téléphoné pour me demander si c’était possible que nous passions un moment ensemble et déjeuner ensemble? J’ai dit oui, et puis nous avons passé l’après-midi d’aujourd’hui, qui était un moment vraiment formidable. Ils étaient très contents et heureux. Ainsi je me suis fait de nouveaux amis.

Qu’avez-vous à dire aux potentiels lecteurs de votre livre qui sortira dans quelques semaines ?

Quand le livre sortira, comme tout bon auteur, je leur demanderai de vite le découvrir, pour qu’ils puissent vite savoir de quoi je parle là-dedans. Et puis savoir comment nous, Antillais, avons vécu, surtout monsieur Ravoteur, comment il a vécu, et puis comment ça se passe avec lui. J’espère les éclairer sur certains coups, ce sera formidable.

Propos recueillis par Papot.net

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