À Abidjan, la musique a pris des accents de vérité et de mémoire ce dimanche 29 mars, lorsque le reggae maker ivoirien Tom D Genèse a levé le voile sur son nouvel album, Dihamin. Plus qu’un simple projet discographique, l’œuvre se présente comme une traversée sensible de l’existence, entre lucidité sociale et quête de sens.
Dans l’atmosphère feutrée de la Bibliothèque nationale de Côte d’Ivoire, les premières notes ont donné le ton : celui d’un reggae introspectif, enraciné et universel. Dihamin, qui signifie en langue lobiri « le monde est ainsi fait », agit comme une clé de lecture du réel. Un regard sans fard sur les contradictions humaines, mais porté par une volonté de transcendance.
Né de cinq années de maturation artistique, l’album dévoile une esthétique soignée et symbolique. L’image de l’artiste, debout entre lumière et chaos, traduit cette dualité qui traverse tout le projet. Derrière le pseudonyme, Thomas Hien Sié livre une œuvre personnelle, nourrie de ses propres combats et de son parcours entre Bouna et Abidjan.

Mais loin de céder au fatalisme, Tom D Genèse transforme l’adversité en énergie créatrice. Son reggae, fidèle à la tradition « conscious », s’inscrit dans l’héritage des grandes voix engagées, à l’instar de Alpha Blondy. Chaque morceau devient un espace de parole, un terrain de résistance où s’entrelacent dénonciation et espérance.
Des titres comme Paradoxes ou Se Beye dissèquent les fractures sociales, pointant les dérives des élites et les injustices persistantes. À l’inverse, Maman s’élève comme une ode douce et poignante à la résilience féminine, rappelant le rôle central des mères dans la construction des trajectoires individuelles.
L’ancrage culturel de l’artiste se manifeste également dans Gala Loo, une invitation à renouer avec la terre et les valeurs rurales, loin des illusions urbaines. Une démarche qui confère à l’album une dimension presque pédagogique, en phase avec les réalités socio-économiques ivoiriennes.
Porté par une production aboutie – entre expertise internationale et savoir-faire local – Dihamin s’impose comme une œuvre de maturité. Aux côtés du directeur artistique Fadel Dey, l’artiste affine une signature sonore qui conjugue authenticité et exigence.
Avec cet opus, Tom D Genèse ne se contente pas de chanter : il raconte, questionne et transmet. Dans un monde en perpétuel déséquilibre, Dihamin résonne comme un manifeste culturel, une invitation à regarder la réalité en face, sans jamais renoncer à l’espoir.