Réparation de l’esclavage : Georges Ravoteur donne son point de vue sans détour

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A l’occasion de la célébration de la loi dite Taubira tendant à la reconnaissance de la traite et de l’esclavage en tant que crime contre l’humanité, que célébrait le 11 mai dernier, l’Association des Antillais et Guyanais de Côte d’Ivoire (Aag-Ci), Georges Ravoteur, ancien vice-président de cette structure et organisateur du carnaval Ivoiro-Antillais, s’est prononcé sur l’esclavage, son abolition et sa reconnaissance comme crime contre l’humanité.

Quel est pour vous le symbolisme de la commémoration de la loi n° 2001-434 du 21 mai 2001 tendant à la reconnaissance de la traite et de l’esclavage en tant que crime contre l’humanité que vous célébrez chaque année ?

Ce symbolisme est une chose très importante pour moi qui ai eu des brides de ce que mon arrière-grand-mère disait à l’époque. Quand elle est morte, ma mère qui l’a un peu connue sous ses vieux jours nous a raconté des choses. Elle disait par exemple en créole quand elle punissait ses petits-enfants, puisqu’elle ne parlait pas le français et un peu Créole « Ti Manmaye, sé Cayenne zot lé mwen alé, ou byen Dahomey zot mwen déviwé ? ». Ce qui veut dire en français, vous voulez qu’on m’emmène au bagne de Cayenne ou alors voulez-vous qu’on me renvoie au Dahomey ? Le Dahomey de l’époque c’était l’empire du Dahomey. Cela ne veut pas dire que c’est l’actuel Bénin. Je pense qu’à travers ses paroles, elle voulait aussi dire qu’elle était originaire de cet endroit.

Vos géniteurs ont dû vous raconter la fin de l’esclavage. Pouvez-vous nous retracer leurs mémoires ?

L’esclavage en Martinique est assez particulier, parce qu’en son temps Victor Schoelcher n’a fait que signer le décret le 27 Avril 1848. Donc, en Martinique surtout, ce qui est pareil en Guadeloupe, il y a eu des insurrections. Que ce soit dans le Nord, le Sud, le Centre, l’Est et l’Ouest, les esclaves se sont libérés eux-mêmes. Ça faisait déjà un moment que le projet d’abolition durait à l’Assemblée nationale. il y avait tellement d’insurrections, le pays était en sang et en feu à tout moment. C’est la raison pour laquelle le pas d’hésitation a été franchi pour qu’on en arrive à la signature. Il ne faut pas oublier aussi que le courrier qui devrait annoncer que le décret est signé est arrivé par des frégates, qui prenaient assez de temps pour pouvoir venir jusqu’aux îles. Ce qui a fait que la décision est parvenue chez nous longtemps après le 27 avril 1848. Et finalement, la dernière insurrection a poussé à donner la liberté aux Noirs en Martinique le 22 mai 1848. Ça a permis que nous ayons cette date officielle. En Guadeloupe ça a été une autre date, à la Réunion également, enfin toutes les Iles françaises, Cela a duré très longtemps, parce que ce n’est pas la première île où il y a eu l’abolition, les iles Anglaises avaient abolit l ‘esclavage depuis le 26 juillet 1833. La Martinique est la première ile à connaitre la Liberté.

Dans la mémoire collective des Antillais et Guyanais, quelle réparation est attendue ?

La réparation se présente sous diverses formes. Elle n’est pas uniquement de l’argent à offrir aux descendants. Elle peut être sous la forme de reconnaissance comme ce que les gens font aujourd’hui. Taubira a fait un excellent travail qu’on reconnaît. La réparation ça peut être aussi le fait qu’on enseigne cela à l’école en Côte d’Ivoire et un peu partout. Parce qu’en Côte d’Ivoire, malgré les ruines et vestiges qui restent à Sassandra, Tiassalé, Kanga Nanzié et autres, je pense qu’on doit apprendre cela à l’école. Aux Etats-Unis, on connaît très bien l’esclavage, l’abolition a eu lieu 17 ans, après nous exactement en 1865 alors qu’ici on dit que c’est trop vieux. Ce n’est pas si vieux, mon arrière-grand-mère, donc je ne vois pas pourquoi on qualifie l’esclavage de trop vieux, je me répète alors que le Juif parlera de la Shoa pendant deux cents ans encore ou plus. Donc, quel est le problème ? Le problème c’est nous !!!

A votre niveau vous essayez la réparation avec le carnaval Ivoiro-antillais, en faisant venir les Antillais Côte d’Ivoire, afin qu’ils connaissent un pan de leur mère patrie et histoire. Est-ce votre part de contrat moral ou humanitaire ?

Je pense que j’ai déjà fait une partie de ce contrat que je me suis assigné et il y a bien d’autres choses encore qui vont sortir sur lesquelles je vais me prononcer plus tard.

Que ce soit dans le Nord, le Sud, le Centre, l’Est et l’Ouest, les esclaves se sont libérés eux-mêmes. Ça faisait déjà un moment que le projet d’abolition durait à l’Assemblée nationale.

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César Kouamé est un journaliste ivoirien engagé, spécialisé dans les questions d’intérêt public, notamment l’environnement, le climat et les dynamiques sociales en Afrique de l’Ouest. Fort d’une expérience en journalisme de terrain et en enquêtes transfrontalières, il a collaboré avec plusieurs médias de référence et occupe des fonctions éditoriales stratégiques. Actuellement rédacteur en chef et fondateur du média en ligne papot.net, il œuvre pour une information indépendante, accessible et orientée vers l’impact. Son travail s’inscrit dans une démarche de promotion de la transparence, du développement durable et des Objectifs de développement durable (ODD). Lauréat de programmes internationaux, il s’investit également dans des initiatives panafricaines visant à renforcer le journalisme d’investigation et l’innovation dans les médias.
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