Le 24 mars 2026, Abidjan a été le théâtre d’une mobilisation à forte charge symbolique autour de la mémoire des victimes de la criminalité organisée. Placée sous le thème évocateur « Faim de vérité et de justice », cette journée de commémoration et de réflexion a réuni acteurs institutionnels, organisations de la société civile et partenaires internationaux autour d’un objectif commun : faire évoluer les réponses apportées aux souffrances des victimes.
Initiée par COVICI, en collaboration avec des organisations ghanéennes et le réseau international Libera, cette rencontre s’inscrivait dans le prolongement de la Journée mondiale du souvenir des victimes innocentes de la criminalité organisée. Elle marque ainsi une nouvelle étape dans le renforcement de la coopération transfrontalière entre la Côte d’Ivoire et le Ghana face à un phénomène qui dépasse les frontières.
Dans une atmosphère empreinte de recueillement mais aussi de détermination, les participants ont rappelé l’impératif du devoir de mémoire. Pour Edwige Brey, « faire valoir le droit des victimes à la justice et à la réparation » demeure au cœur du combat mené par son organisation. En s’adossant à l’expertise de Libera, pionnier dans la lutte contre les mafias, les acteurs ivoiriens entendent donner une portée internationale à la voix souvent marginalisée des victimes.
Le moment central de la journée a été la conférence animée par Ibrahim Bamba, qui a introduit le concept de « justice régénératrice ». Cette approche, encore peu explorée dans les politiques publiques africaines, se veut une évolution de la justice réparatrice classique. Là où cette dernière vise à compenser les préjudices et restaurer la dignité des victimes, la justice régénératrice ambitionne de s’attaquer aux causes profondes des violences.

Selon l’expert, il ne s’agit plus seulement de « panser les plaies », mais de reconstruire durablement le tissu social en transformant les structures qui favorisent l’émergence de la criminalité organisée. Une vision systémique qui place la prévention, la réconciliation et la refondation sociale au cœur du processus judiciaire.
Au-delà des échanges académiques, la journée a également pris une dimension artistique et militante. Des projections de documentaires poignants, accompagnées de témoignages directs, ont permis de mettre des visages et des histoires sur des réalités souvent réduites à des statistiques. Des messages forts, portés sur des pancartes, ont rythmé la mobilisation : « Protéger sa population est un devoir, pas une option » ou encore « Tolérance zéro pour les crimes graves ».
En clôture, les organisateurs ont lancé un appel pressant aux autorités ivoiriennes pour la mise en place de mécanismes de réparation holistiques. Ceux-ci devraient intégrer un accompagnement psychologique, juridique et social afin de permettre aux victimes de se reconstruire pleinement et durablement.
À travers cette initiative, Abidjan confirme son rôle croissant dans les dynamiques régionales de lutte contre la criminalité organisée, tout en plaçant la mémoire et la dignité des victimes au cœur de l’action publique.
