Les premiers résultats de laboratoire sur le « Zézépagno », présenté comme un remède contre le cancer, ne permettent de garantir ni son innocuité ni son efficacité. La Société ivoirienne de pharmacologie et de thérapeutique (SIPT) met en garde contre toute interprétation hâtive et rappelle que le produit n’est pas autorisé à la vente en Côte d’Ivoire.
La Société ivoirienne de pharmacologie et de thérapeutique (SIPT) a tenu à clarifier les résultats scientifiques présentés sur le « Zézépagno », une tisane commercialisée par Alain Tagro Kalou et présentée comme un traitement contre le cancer, le diabète ou l’insuffisance rénale.
Dans un communiqué daté du 20 octobre 2026, trois responsables de la SIPT dénoncent des interprétations trompeuses de travaux préliminaires présentés lors du 47e Congrès de la Société ouest-africaine de pharmacologie, organisé du 13 au 17 octobre à Abidjan. Selon elles, ces publications risquent d’amener des patients à croire, à tort, que le produit est sans danger ou qu’il guérit le cancer.
Les recherches conduites par le Dr Richard Sawadogo, chercheur associé au Tang Center for Herbal Medicine Research de l’Université de Chicago, ont notamment porté sur des contrôles microbiologiques et physico-chimiques, un test de toxicité aiguë chez des souris et des essais sur des cellules cancéreuses du côlon, du sein et de la prostate cultivées en laboratoire.
Des résultats qui ne prouvent pas l’efficacité du produit
Pour les pharmacologues, l’absence de contamination détectée dans les échantillons analysés ne signifie pas que le produit est sans danger pour l’être humain. De même, un test réalisé sur des souris, ayant reçu une dose unique puis observées pendant 14 jours sans signe apparent de toxicité, ne suffit pas à établir son innocuité à long terme.
Les essais sur des cellules cancéreuses isolées ne permettent pas non plus de conclure à une efficacité thérapeutique chez l’homme. Des études complémentaires, notamment sur la toxicité à doses répétées pendant 28 jours, sont annoncées. Des investigations plus approfondies restent donc nécessaires avant toute recommandation médicale.
La SIPT insiste ainsi sur une distinction essentielle : des résultats obtenus en laboratoire constituent une première étape de recherche, et non une preuve suffisante pour présenter une préparation comme un traitement contre le cancer.
Un produit sans autorisation de mise sur le marché
Cette mise au point rejoint l’alerte publiée le 14 septembre 2026 par l’Autorité ivoirienne de régulation pharmaceutique (AIRP). Dans sa note d’information n° 2906/AIRP, le régulateur avait signalé la circulation et la commercialisation du « Zézépagno » sur le territoire national, en précisant que le produit ne disposait d’aucune autorisation de mise sur le marché.
L’AIRP avait rappelé que sa fabrication, son importation, sa distribution, sa vente et sa promotion étaient formellement interdites et strictement illégales en l’absence des autorisations requises.
Pour la SIPT, l’enjeu est avant tout sanitaire. Les patients, particulièrement ceux atteints de maladies graves, ne doivent pas abandonner ou retarder un traitement médical éprouvé sur la foi de résultats scientifiques préliminaires.
Les responsables appellent également les médias à rectifier les informations erronées diffusées sur le produit et à privilégier une communication rigoureuse sur les travaux scientifiques.
En attendant des études complètes et une éventuelle autorisation des autorités compétentes, la prudence reste de mise. Les consommateurs sont invités à se référer aux communications officielles de l’AIRP et à demander conseil à un médecin ou à un pharmacien avant d’utiliser un produit présenté comme un remède.
