Dr Joyce Dohou est docteur en recherche clinique santé innovation et directrice de l’Unité de Recherche clinique de Côte d’Ivoire (Urcci), la première organisation de recherche clinique privée sous contrat de Côte d’Ivoire. Après l’organisation de la 3e édition du Colloque étudiant de la recherche clinique (Cerc) le 27 juin 2024 à la Bibliothèque de l’Unité de formation et de recherche (Ufr) des Sciences médicales à Cocody, elle nous renseigne sur l’intérêt de cette branche de la médecine.
- Qu’est-ce que la recherche clinique ?
- Peut-on savoir s’il y a d’autres disciplines dans ce domaine, hormis les deux que vous avez citées ?
- Votre initiative est-elle un palliatif au manque de recherches dans ce genre en Afrique et principalement en Côte d’Ivoire ?
- Y-a-t-il à votre avis une volonté manifeste des autorités à favoriser une émulation pour la recherche dans notre pays ?
- Quel dernier mot adressez-vous aux populations vis-à-vis de votre projet ?
Qu’est-ce que la recherche clinique ?
La recherche clinique est un champ disciplinaire assez vaste. En effet, pour vulgariser les choses, la recherche clinique a une de ses branches qui sert à toute l’analyse et à toutes les phases de test des médicaments avant l’autorisation de la mise sur le marché. Pour vulgariser, prenons l’exemple du paracétamol. Vous avez mal à la tête et vous partez pour l’acheter en pharmacie. Avant que ce paracétamol soit vendu en pharmacie, nous avons passé tous les tests de la recherche clinique, afin d’être sûr que ce paracétamol est non seulement efficace, qu’il a une bonne tolérance et qu’il ne va pas créer de nombreux effets secondaires au niveau de la population. Donc, c’est tout ce travail du fait de prouver l’efficacité et la tolérance du traitement qui est réalisé par la recherche clinique. Ça, c’est une des branches. La seconde branche parle plus de développement clinique. Ce secteur concerne la méthode de recherche de nouveaux médicaments ou la comparaison des stratégies innovantes thérapeutiques.
Peut-on savoir s’il y a d’autres disciplines dans ce domaine, hormis les deux que vous avez citées ?
La recherche clinique justement, c’est quelque chose qui peut être utilisée dans énormément de domaines. On fait par exemple des recherches cliniques en cosmétologie. Ainsi, il est important de savoir par exemple qu’une pommade qu’on utilise pour la peau ne crée pas des effets secondaires nocifs et ne soit pas efficace. La recherche clinique est aussi utilisée dans la nutrition. Par exemple, nous avons Nestlé et d’autres marques qui font des recherches cliniques en nutrition. Nous avons des médicaments et des dispositifs médicaux qui sont aussi utilisés en recherche clinique. Donc, il y a plusieurs catégories.
Vous venez de réaliser la 3ème édition du Colloque étudiant de la recherche clinique. Quelle est l’essence de cette initiative et quel bénéfice tirent les étudiants ?
La recherche clinique justement, c’est quelque chose qui peut être utilisée dans énormément de domaines. On fait par exemple des recherches cliniques en cosmétologie. Ainsi, il est important de savoir par exemple qu’une pommade qu’on utilise pour la peau ne crée pas des effets secondaires nocifs et ne soit pas efficace.

Il faut savoir que j’ai déjà travaillé en Europe durant plus de vingt ans avant de revenir en Côte d’Ivoire pour ouvrir l’organisation de recherche clinique. Elle a pour vocation non seulement l’aide à la réalisation des études cliniques, à la conception des projets de recherche, mais aussi nous avons pour vocation la formation. Et donc dans le cadre de cette formation de nos étudiants, il est important de leur ouvrir l’esprit. Parce que la plupart de ceux que j’ai, dès la première année sont tournés vers des métiers de manière globale. Il y en a qui veulent être médecins, biochimistes, etc., mais ne savent pas qu’il existe des métiers autour de la santé, tels que les métiers de la recherche clinique. Donc, déjà nous avons commencé à leur ouvrir l’esprit par rapport aux différents métiers possibles. Nous créons de la ressource, parce qu’il faut savoir que de plus en plus le monde entier s’intéresse à l’Afrique. Aujourd’hui, notre continent n’a que 3% des recherches cliniques qui sont réalisées à notre niveau. Alors que les traitements qui sortent au niveau international pour certains, nous avons besoin d’avoir des spécificités par rapport à l’environnement ici…en Afrique, Donc, il faudrait que nous fassions beaucoup plus d’essais cliniques en Afrique surtout en Côte d’Ivoire. Donc, nous ambitionnons de créer de la ressource grâce à nos étudiants. Nous faisons ces formations-là pour réaliser ces colloques étudiants qui permettent aussi d’entrer en contact avec des professionnels de la santé pour pouvoir discuter avec eux et élargir les perspectives des étudiants. Et au-delà de cela, nous mettons en compétition nos étudiants à travers un concours. C’est-à-dire qu’on met en avant leur créativité. Ils créent eux-mêmes des projets de recherche qu’ils mènent de A à Z. Donc, cela leur permet de les insérer d’une certaine manière déjà dans leur future profession.
Votre initiative est-elle un palliatif au manque de recherches dans ce genre en Afrique et principalement en Côte d’Ivoire ?
On ne dirait pas vraiment que c’est un palliatif, parce qu’il est aussi vrai qu’il y a 3% d’essais cliniques. Mais, nous voulons effectivement pousser les choses de sorte que l’international se rende compte que nous les Africains, sommes capables de faire énormément de choses et que nous pouvons standardiser nos pratiques et pouvoir répondre aux standards internationaux. Donc, c’est vraiment pour cela que nous avons ouvert cette unité de recherche clinique pour faire avancer les choses et apporter notre pierre à l’édifice. Il faut savoir que beaucoup de choses se font déjà au niveau de la Côte d’Ivoire, notamment grâce à notre Président Alassane Ouattara et à sa femme. Mais, de notre côté, nous aimerions bien évidemment apporter notre brique à l’édification du mur de l’évolution.
Y-a-t-il à votre avis une volonté manifeste des autorités à favoriser une émulation pour la recherche dans notre pays ?
Je pense que de plus en plus on se rend compte que la recherche c’est quelque chose de très important. D’ailleurs j’ai été plusieurs fois à des réunions où il y avait même le Ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique qui était représenté. Il y avait une vraie volonté d’aider à la recherche, mais dans tous les domaines. Je pense que les autorités font ce qu’elles peuvent, mais qu’il faut encore faire plus. Et c’est pour cela que de notre côté, nous essayons de mettre en évidence la spécialité qui est la recherche clinique.
Nous créons de la ressource, parce qu’il faut savoir que de plus en plus le monde entier s’intéresse à l’Afrique. Aujourd’hui, notre continent n’a que 3% des recherches cliniques qui sont réalisées à notre niveau.
Hormis les travaux de recherche qu’ont présentés les étudiants lors des concours organisés à l’occasion des trois éditions du Colloque étudiant de la recherche chimique, d’autres résultats ont-ils été produits par nos étudiants ?
Nous sommes privés c’est vrai, du coup nous ne sommes pas forcement liés directement au système. Mais ce que nous essayons de mettre en place, il ne faut pas l’oublier, c’est que nous avons énormément de conventions. Nous travaillons en partenariat avec le public et le privé et c’est ce qui fait la force aujourd’hui de ce que nous voulons ressortir en termes d’excellence en recherche clinique. Concernant les résultats, il faut savoir qu’à chaque édition, nous avons des analyses statistiques qui ont été réalisés et des résultats qui sont sortis. Derrière cela, ce qu’il se passe est que nous sommes notamment sur cette dernière édition en discussions avec des programmes nationaux pour essayer de mettre en place l’étude qui a été réalisée par les vainqueurs de cette année, afin de la mettre en pratique sur le plan national. Donc, nous sommes en train d’y travailler. D’ailleurs, ces jeunes ayant été très bien formés ont commencé à être inséré dans différentes institutions et dans des laboratoires pour pouvoir continuer leurs recherches.
Quel dernier mot adressez-vous aux populations vis-à-vis de votre projet ?
Je voudrais dire aux populations que nous sommes en train de faire beaucoup de vulgarisation par rapport à la recherche clinique Il n’y a pas si longtemps, nous avons réalisé une étude qui sortira d’ailleurs sous la forme d’article scientifique, où il est démontré qu’environ 42% de la population voit la recherche clinique comme des essais qu’on fait sur l’humain et utilise toujours le mot ‘’cobaye’’. Il faut justement savoir qu’avant de pouvoir acheter son traitement comme je le disais au niveau de la pharmacie, il a fallu passer par tous les tests nécessaires. La recherche clinique ne se fait pas n’importe comment. Nous réalisons de nombreux tests donc, il est important de dire que la recherche clinique est vraiment essentielle pour non seulement trouver de nouveaux médicaments, mais pour améliorer les médicaments existants déjà.
Interview réalisée par Papot.net