La filière avicole ivoirienne franchit un cap symbolique. La 10e édition des Journées nationales de l’aviculture (JNA) s’est ouverte ce jeudi 23 avril 2026 à Abidjan, sous le signe de la consolidation des acquis et de la projection vers une souveraineté alimentaire durable.
Placée sous le thème « Aviculture moderne ivoirienne face aux enjeux de la souveraineté alimentaire », cette édition anniversaire a réuni les principaux acteurs du secteur, dont le ministre des Ressources animales et halieutiques, Sidi Touré, ainsi que le représentant de FAO, Joseph Nyemah.
Une autosuffisance presque atteinte
Les performances affichées par la filière traduisent une dynamique remarquable. Selon les professionnels, la production avicole nationale a atteint 115 000 tonnes en 2024, couvrant plus de 98 % des besoins en viande de volaille et la totalité des besoins en œufs.
Cette progression a contribué à réduire significativement les importations de poulets congelés, longtemps perçues comme un frein au développement local. Pour les acteurs du secteur, ces résultats confirment que la Côte d’Ivoire est en passe de réussir son pari d’autosuffisance.
Une filière en mutation, mais encore sous pression
Pour Sylvain Gotta, président de l’Interprofession avicole ivoirienne (IPRAVI), la filière amorce un tournant décisif. Producteurs, industriels et fournisseurs d’intrants semblent désormais mieux structurés, ce qui explique les avancées observées.
Cependant, il met en garde contre tout excès d’optimisme. « Il n’y a pas à dormir sur ses lauriers », prévient-il, en évoquant les défis persistants.

Parmi ceux-ci figurent la forte dépendance aux intrants importés, notamment le soja, les difficultés d’accès au financement pour les éleveurs et une fiscalité jugée contraignante. La récente taxe de 9 % appliquée aux intrants pour l’alimentation de volaille cristallise les inquiétudes.
Sylvain Gotta appelle ainsi les autorités à reconsidérer cette mesure, estimant qu’elle freine la compétitivité du secteur.
L’ambition d’une consommation accrue
Au-delà de la production, l’enjeu porte également sur la consommation. Le président de l’IPRAVI ambitionne de rapprocher la Côte d’Ivoire des standards observés dans certains pays comme le Maroc, où la consommation annuelle de poulet atteint 20 kg par habitant, contre seulement 4 kg en Côte d’Ivoire. Un écart qui souligne le potentiel encore inexploité du marché local.

Un secteur stratégique pour l’économie nationale
Du côté du gouvernement, les signaux sont encourageants. Le ministre Sidi Touré a salué une « croissance spectaculaire » de la filière, qu’il attribue à la synergie entre acteurs privés et appui public.
L’État ivoirien a notamment investi près de 48 milliards de FCFA dans le programme de renforcement de la filière avicole, un engagement qui commence à produire des résultats tangibles.
Au-delà de la sécurité alimentaire, le secteur avicole apparaît désormais comme un levier majeur de création d’emplois, de réduction de la pauvreté et de renforcement de la cohésion sociale.
Une édition tournée vers l’avenir
Alors que les travaux de cette 10e édition se poursuivent jusqu’au 25 avril 2026, les attentes restent élevées. Les professionnels espèrent des mesures concrètes pour lever les contraintes structurelles et accélérer la transformation du secteur.
Cette édition anniversaire des JNA ne se limite donc pas à un bilan. Elle marque surtout une étape charnière dans la construction d’une aviculture ivoirienne plus résiliente, compétitive et pleinement souveraine.