Le football ivoirien traverse un week-end difficile sur la scène continentale. Engagés en compétitions africaines, l’Asec Mimosas et le FC San Pedro ont quitté la Ligue des champions, tandis que l’Afad du Plateau et le CO Korhogo ont également été éliminés en Coupe de la Confédération. Un bilan décevant pour les représentants ivoiriens, qui voient leurs ambitions continentales s’arrêter prématurément. Ces éliminations soulèvent des interrogations sur les performances des clubs ivoiriens face à leurs adversaires africains. Pour comprendre les raisons de ces contre-performances, des journalistes sportifs ont livré leurs analyses et partagé leurs points de vue sur les difficultés rencontrées par les équipes engagées.
Guy Jaurès Koré, journaliste rédacteur – Kpakpato Sportif : Effectifs limités et préparation tronquée en cause
Les éliminations des clubs ivoiriens en compétitions africaines laissent un goût amer, particulièrement celles de l’Asec Mimosas et du FC San Pedro en Ligue des champions. Les deux équipes semblaient pourtant avoir hérité d’adversaires à leur portée pour ce deuxième tour préliminaire. Mais faute d’avoir su concrétiser leurs chances, elles ont vu leur parcours continental s’arrêter prématurément. Du côté de l’Afad du Plateau et du CO Korhogo, les attentes étaient plus mesurées. Pour le club de Korhogo, qui disputait sa toute première campagne africaine, l’expérience constituait déjà un défi de taille.
Ces contre-performances interrogent sur le niveau de préparation des représentants ivoiriens et leur capacité à rivaliser avec les meilleures équipes du continent. Faut-il pour autant en conclure que le championnat ivoirien manque de qualité ? Je ne m’aventurerais pas sur ce terrain. Il convient de rappeler que, depuis la saison 2020-2021, c’est la première fois qu’aucun club ivoirien ne parvient à se qualifier pour la phase de groupes des compétitions interclubs de la CAF.

D’ailleurs, l’élimination de clubs comme Mamelodi Sundowns et le TP Mazembe ne suffit pas à remettre en cause la valeur des championnats sud-africain et congolais. Il serait donc réducteur de tirer des conclusions générales sur la qualité de notre championnat à partir de cette seule campagne africaine.
En revanche, la composition des effectifs ivoiriens cette saison soulève des interrogations. Avec des groupes qui semblent manquer de profondeur et de ressources pour aller loin dans ces compétitions, les ambitions continentales se heurtent rapidement à leurs limites. À cela s’ajoute une préparation perturbée par le report du championnat, décidé à la demande des présidents de clubs dans le contexte des élections à la Fédération ivoirienne de football (FIF). Ce décalage a pu affecter la préparation des équipes, au moment même où elles devaient être prêtes à défendre les couleurs ivoiriennes sur la scène africaine.
Alex Payne – Journaliste sportif : Le défi économique derrière les échecs africains
La FIF apporte son soutien à travers les subventions et la recherche de diffuseurs. Les clubs se battent également avec leurs moyens. Mais le véritable problème est peut-être économique.
La billetterie rapporte peu, les ventes de maillots et de produits dérivés restent faibles, et les droits télévisés génèrent peu de revenus. Pourtant, les dépenses sont énormes. En face, des clubs comme Al Ahly, Mamelodi Sundowns, le TP Mazembe ou Simba SC disposent de moyens financiers considérables. Pendant ce temps, nos clubs doivent souvent vendre leurs meilleurs joueurs pour survivre. Comment rivaliser durablement avec les grandes puissances africaines sans ressources suffisantes ?

Je comprends donc la logique de l’ASEC Mimosas : avant de viser les sommets continentaux, il faut bâtir une stabilité financière et infrastructurelle. Mais cet effort doit être collectif : clubs, FIF, État, sponsors, entreprises et supporters doivent s’impliquer. Les résultats sportifs comptent, mais sans un modèle économique solide, nos ambitions africaines resteront limitées.
