Anciennement connu sous le nom de FATÖME dans le hip-hop ivoirien des années 1990, Naftaly porte aujourd’hui, à travers le reggae, un message de liberté, de conscience et de paix. De retour en Côte d’Ivoire après une tournée en Europe, le chanteur revient sur son parcours, sa vision et le rôle du reggae dans l’éveil des consciences. Il évoque également ses relations avec les grandes figures du reggae ivoirien et ses convictions sur l’avenir de l’Afrique à travers cette interview réalisée par César KOUAME.
Naftaly vous êtes au pays après une tournée en Europe. Comment jugez-vous cette initiative (Bilan)
Le bilan est positif. On a partagé tous les spectacles sur les réseaux sociaux. J’ai fait une superbe tournée médiatique sur la supervision de mon manager général, Man JahBoy, coordonnée là-bas en France par mon manager en Europe, qui est Mariam Gassama, ça a été vraiment génial.
Et puis j’ai eu par le truchement de mon frère Tiken Jah qui m’a ouvert certaines portes. Voilà, j’ai pu avoir certains rendez-vous et la suite s’annonce prometteuse. C’était super, le bilan est bon. »
Naftaly à travers l’album Lève-toi et marche vous marquez encore plus votre identité celle de la lutte pour s’affranchir de Babylone. Qu’est-ce qui a déclenché cette lutte chez vous ?
Ouais, déjà il faut savoir ce qu’est Babylone. Moi dans mon esprit, Babylone, ce n’est pas le blanc, ce n’est pas la France-Afrique, ce n’est pas le gouvernement. Babylone, c’est quelque chose qui est profondément ancré en soi, ce qui fait qu’on a toujours besoin d’un bouc émissaire quand on fait soi-même une bêtise.
Voilà, on veut toujours accuser l’autre. C’est nos propres illusions, nos propres mensonges, notre propre hypocrisie parce que c’est ce conditionnement en nous quand il n’est pas démasqué, Babylone peut l’utiliser pour faire de nous un de ses agents.

Ce qui a déclenché en moi ce que tu appelles une lutte une lutte, c’est plus la découverte de moi-même quand j’ai découvert que je pouvais me mentir, je pouvais euh être hypocrite et me faire passer pour une victime. J’ai décidé de soigner cette distorsion qui est en chacun, qui pour moi est Babylone le réel.
Parce que c’est à travers nos tares intérieures que quelqu’un peut prendre la télécommande à l’extérieur de nous. Donc avant de lutter contre un quelconque Babylone à l’extérieur, c’est déjà de prendre le contrôle de ses propres illusions, de ses propres mensonges, de ses propres turpitudes.
C’est la plus grande lutte à gagner que de gagner un combat avec un hypothétique Babylone à l’extérieur. Voilà, prendre le contrôle de soi-même, être libre, se lever et marcher tout seul sans qu’on nous mette quoi que ce soit dans la tête. C’est ça la lutte contre Babylone. »
Pensez-vous aujourd’hui que le reggae garde toujours ce caractère de lutte pour les peuples ?
Oui bien sûr ! Pas seulement que le reggae mais le reggae s’est donné cela pour mission, c’est plus que ça en vrai. On fait plus, on participe plus à l’évolution des consciences et des mentalités, voilà. On ne lutte pas contre quelqu’un, on essaie d’apporter nos idées, des critiques constructives pour avoir une société meilleure, une société qui fasse en sorte que les jeunes ne traversent pas la Méditerranée pour aller chercher le mieux vivre ailleurs. C’est un peu le combat. On appelle ça lutte pour le peuple, mais en vérité, c’est participer au développement. C’est ça le rôle de l’art. »
Naftaly on vous sait très plongé dans la spiritualité. Quelles est selon vous les contraintes de l’Africain devant les changements sociaux ?
Bon, pour moi le concept de spiritualité est un faux concept. Ça fait qu’il y a des personnes qui se sentent supérieures à d’autres, qui croient qu’ils sont plus élevés parce que soi-disant spirituels, mais c’est un concept vaseux. Tout ce qui respire est spirituel. Voilà. Ne faisons pas grandir l’ego de certaines personnes. Moi en tout cas, moi je ne me considère pas comme spirituel. Quand vous verrez un corps qui n’a pas d’esprit, ça s’appelle un cadavre et là il n’y a plus de spiritualité, mais tant que l’être respire, c’est de la spiritualité.
Si vous parlez des méthodes de gouvernance, moi je crois que le népotisme est le plus mauvais système, c’est-à-dire avoir un candidat juste parce qu’il est de la même région, de la même ethnie. C’est un désastre ! Et l’Afrique ne se développera jamais, la Côte d’Ivoire ne se développera jamais tant qu’on continue de penser comme ça. Ce même système nous a entraîné une guerre de 2010 à 2011. Si on continue de penser comme ça, ça veut dire qu’il y a d’autres guerres à l’horizon. Cette guerre, elle est déjà passée.

Que notre passé soit une leçon pour le présent et pour le futur, pour que nos jeunes arrêtent de traverser, d’aller mourir dans les océans juste pour gagner des miettes, aller vivre comme des clochards en Europe. Il est temps que l’Afrique se prenne en main et qu’on ait des politiciens responsables, pas tous ces enfantillages qu’on voit aujourd’hui de manipulation des consciences et des esprits des peuples. Je crois que c’est la seule chose qui fera en sorte que les jeunes Africains seront en paix, heureux dans leur propre pays et ne traverseront pas la Méditerranée, Vive l’Afrique ! »
On vous voit plus au côté de Kajeem dans le mouvement reggae. Pourquoi cette particularité et surtout pourquoi vous n’étiez pas par exemple au dernier concert d’Alpha ?
Bon, déjà à commencer par Kajeem, j’étais là au début de sa carrière quand il faisait ses premiers albums. Et depuis ce temps, on s’est jamais lâché, on a développé un vrai lien fraternel et depuis c’est une amitié qui dure près de 30 ans et c’est parfait quoi. Mais en même temps, au-delà de lui, j’ai de parfaites relations avec tous les autres acteurs de la musique reggae.
Peut-être que Kajeem c’est le plus visible, on le voit tout le temps mais pareil pour Fadal Dey, Ismaël Isaac, même le vieux père Alpha Blondy. Je n’étais pas à son dernier concert simplement parce que j’ai beaucoup d’engagements surtout en studio.
Donc j’ai tellement de boulot en retard que je n’ai pas pu me permettre d’aller à son concert. Voilà, je n’ai pas pu me permettre, j’étais très très pris. Voilà, il fallait que je rende du travail et puis voilà. Blessed. Sinon bon, Peace and Love quoi, j’aime tout le monde, tout le monde est mon frère dans le reggae. Blessed love !
Un dernier mot pour terminer
Je voudrais déjà vous dire merci pour cette interview. Merci aussi de mettre en lumière le reggae dans un monde de plus en plus sourd au message. Peut-être parce que les gens ne sont pas meilleurs aujourd’hui, mais parce que le monde est tellement troublé que les gens ont vraiment envie de s’amuser.
C’est pourquoi mon mot de fin sera consacré à la paix. Je souhaite la paix, vraiment la paix dans les cœurs, la paix dans le monde, au Congo, en Somalie, comment on appelle ça ? En Ukraine, en Russie, en Palestine, partout dans le monde, surtout en Côte d’Ivoire, que nos politiciens mûrissent et que se taisent leur petite guéguerre pour que la Côte d’Ivoire s’élève très haut et que ses habitants vivent en paix, sans problème, que le social se développe et que les habitants de la Côte d’Ivoire vivent en paix. Voilà, c’est un peu ça mon mot de la fin. Blessed love, merci beaucoup à vous.
